Nadya
Bouzar-Kasbadji
LA BD EN VIATIQUE
SOIR DE MARS AU CCA DE PARIS[1]
Centre culturel algérien de
Paris
Exposition collective de dessins humoristiques
Slim – Dahmani – Elho – Gyps
12 mars-2 avril 2011
« Rencontre avec Slim » Jeudi
24 mars 2011
Jeudi 24 mars 2011. 18h30. La salle
d’exposition s’éclaire. Lumière blafarde. Nudité. Seul un strip uniforme de dessins et de planches suit servilement le
pourtour des murs. Impression grise qui contraste avec l’annonce « humouristique » (sic)
de l’événement. Je m’avance dans cet accueil morne telle une invitée à qui
considération n’aurait pas été concédée. Je demeure pensive comme étrangère au
lieu, étrangère au motif enthousiaste de ma visite. Le public égrène son
arrivée. Le silence règne. Chacun s’absorbe dans les images. L’humour est
affaire sérieuse et silencieuse. C’est à part soi qu’on réagit aux audaces
cocasses qui bousculent l’ordinaire de l’abord. Elles en épinglent des choses
tordues de notre pays ! Vraiment tordues, aberrantes, et super rigolotes en
giclures de ses drames ! Les trouvailles cinglent les travers d’une nation qui
ne rit plus vraiment. Troquant rire contre dérision, voilà qu’elle s’amuse
d’elle-même sur les murs moroses de ce centre de la culture indifférent à
lui-même ce jour, à ce qui s’y passe. La satire n’en a cure, son impertinence,
elle la balance à qui lui accordera instant de
connivence dont elle lui saura gré. Je m’abîme dans la truculence grinçante,
étouffe les bouffées d’un rire affligé que si peu nombreuse si peu valorisée elle
soit. Tel est le cadre réservé à la verve humoristique de nos quatre bédéistes
parmi lesquels un certain Slim, égaré là, comme échoué en terra incognita. Je le croyais
figure emblématique du neuvième art algérien, ce père inspiré de la pétulante
Zina, énamourée impénitente d’un Bouzid à la mine d’ahuri jovial, moustaches au
vent d’une redjla[2] de parade, citoyen ingénu et intrépide se dépatouillant de toutes les
adversités d’un pays en remue-ménage – Zina et Bouzid, héros nationaux à
qui stèle l’Algérie de la désespérance doit – Intarissable de traits
malicieux, astringents, rigolards, et tranquillement sulfureux, je croyais
l’humoriste mériter d’une patrie aux appareils avérés oublieux, ingrats, fâchés
avec l’imaginaire, et par ricochet avec celui de leur Nation.
Le font-ils exprès, que diable[3] ? En dépit de la prolixité, la
constance et la popularité de cet art en notre pays, se délivre ici une
exposition pingre, miteuse, accrochée comme le miroir en bris de nos
incapacités, nos ignorances, nos déficiences, notre dégoût de Gatt carencé. Ici. Au cœur de la ville
des arts et des lumières. Me vient en mémoire un modeste collège de banlieue
parisienne organisant en 1995 une « Semaine maghrébine ». Efforts
déployés, imagination activée, étonnement ravi des visiteurs, fierté des
originaires.
L’indigence est resservie en fin de
conférence. Dédicaces. Table coincée au fond du hall d’entrée invitant plutôt à
la sortie, échanges timides avec le bédéiste, chuchotés, contraints par
l’ambiance austère. Pas un chettouh
de datte, ni une djourma de thé. Pas
une kemia
de kémia, ces pépites de convivialité propres à
transfigurer un hommage confiné en fête à la boutade, à la même appartenance se
reconnaissant patrie de l’humour, de l’esprit décadenassé, de l’à-propos
fédérateur (avis à nos politiques !), se riant de ses Hic, ses Dilem, se shootant au Gyps mâtiné
de Dahmani et d’Elho, sniffant avec les toxicos de la rigole qui trace sillon
parmi nos précarités invitant à y fouler le pire pour qu’en germe le rire.
Je quitte les lieux mi-éteinte,
mi-mélancolique. La distance entre le bonhomme, son itinéraire, et l’atmosphère
atone du lieu qui le reçut nourrit un retour saumâtre. Dans la rame, je me
laisse à feuilleter L’Algérie comme si
vous y étiez, vaguement attentive. Insensiblement la détente me gagne, je
me mets à sourire taquinée par les instantanés vifs, percutants, à méditer de
ce pays des paradoxes qui s’la pète d’une fierté chauvine alors que corrodé par
ses corruptions, ses errements, ses frustrations et ses violences, il s’épuise
à essayer de donner le change et ne bronche pas vraiment pour arracher son dû.
Des spasmes ? Oui. Une révolution radicale ? Heu… ! Heureux qui
comme Ibliss a fait un beau ratage. Faqou, c’était hier ! Today, le bezness c’est
plus tendance, qui ronge les neurones, à raz la chaussée défoncée à la Zerga ou dans les sphères occultes qui
lampent à même le baril. Pour l’immense masse de l’entre-deux :
cafouillage et carambolage, héroïsme au quotidien.
Assise à mes côtés, une trentenaire
noire capte mes rires réprimés, jette des regards furtifs sur l’album et par
contagion sourit. L’hilarité silencieuse gonfle en moi traîtresse, secoue mes
épaules. A force de retenue l’anoxie menace tandis que ma voisine s’abandonne à
une euphorie complice. Mutiques, nous nous séparons amies, sœurs. Sacré
Slim !
La conférence en elle-même ?
D’entrée de jeu nous est décochée en lecture la préface d’Yasmina Khadra à
l’avant dernier album. Anamnèse collective saisissante qui soufflette l’âme,
pétrie d’hommage au créateur, à son œuvre émergeant d’une réalité historique
étriquée, inhibée, assoiffée. Khadra a sublimé une époque aux attentes
malmenées par un leurre scripturaire à la hauteur, enfin, de ce doué iconique,
décodeur (optionnel le d) placide de l’absurde triomphant. Comprenez qu’après
le brio du prologue, sa complétude, l’on se sente comme sidéré, dépossédé de
son énergie à écouter davantage et interroger. Que dire sans se risquer à la
platitude ? Souvenirs et impressions de l’écrivain ont occupé tout le
volume de l’enceinte, intelligemment baissé par Miloud Mimoun[4], stimulateur de confidences
mémorielles.
Slim, sourire discret indéfectible,
débonnaire, reconquiert la place pour laquelle lui et son public sont venus.
Son parcours, il le déroule sobrement, ensemencé d’humour. Il croque de ses
mots simples, tout naturel, l’Algérie de nos fibres impayable avec ses loupés,
émouvante et si exaspérante. On réalise les déviations empruntées, les
déracinements imprévus à même d’enrayer talent, inventivité, et pulsion de vie.
Emotions ponctuées de rires surpris
et contenus, d’attendrissements. C’est que le bonhomme sait y faire, l’air de
rien. Modestie en visière (une casquette sans âge portée lors des dédicaces),
il nous embarque dans sa sincérité, nous pince sans rire, nous les altérés, les
impatients de bonne humeur sans fausse honte ni ostracisme. Nous les coincés
des zygomatiques, les analphabètes plurilingues à l’affût des saillies
lexicales au ton juste de ses personnages, pertinentes et téméraires célébrant
les désastres linguistiques assumés (lol).
Blague à part, il refuse d’endosser
l’imposture de bon ton de pseudos tentatives d’attentats desquelles il aurait
réchappé destinée à assouvir la bien-pensance intellectuelle française gauchie
et mal-à-droite. Le marketing éditorial de cet acabit, il l’aura décliné. Pas
de Khorti.
Insécurité de la décennie noire abattue sur l’esprit et la
vie = départ du bled de la terreur. Point. Décision heureuse,
fructueuse. L’humour assassiné, c’aurait fait mélo, et c’est pas son
genre ! Et puis la place s’encombrait par trop[5]…
Un deuxième Bélabbésien
dans la salle ! Trente ans d’émigration au Mexique, une bouille
d’authentique Zapata, mdella et
sombréro coalisés pour le meilleur. Passage à Paris, renouement inopiné, réjoui
et ému avec sa jeunesse d’Algérien portée par les bédés de Slim.
Un troisième Bélabbésien,
ami de la jeune enfance, Pied-noir retrouvé là un demi-siècle après, au
souvenir conservé vif du petit copain « arabe ». Epithète
soigneusement évitée mais qu’en raison d’une hésitation nous croyons entendre,
susceptibilité patriotique prête à dégainer. L’ancien condisciple gaouri (oups !) décrit les images
impérissables du théâtre d’ombres chinoises qu’animait pour le plus grand
bonheur de ses camarades, le petit Slim, inventeur précoce de chimères,
ravisseur d’un public juvénile magnétisé. Calvities et légers embonpoints sont
au rendez-vous de l’émotion soixantenaire.
Cent un Bélabbésiens
accourus de toute la planète ont choisi de ne pas se déclarer… Affaire de
pudeur. Affaire de climat hexagonal aussi… Pas très affable l’ancienne
métropole : ombrageuse pour ses frontières, s’emmêle les crayons dans des
débats improbables[6], et mène trois vraies guerres[7]. Tout ça en même temps !
« L’exception française » en somme menée tambour battant par un
tarzanide dernière génération, chevelure et musculature en défaut.
Concernant notre pays, liberté de
ton, de parole : sont évoquées dans l’auditoire bonnes bières et bonnes
blagues, nostalgies d’une jeunesse en modernité, en croyances illusoires
paraphant les décennies 60 et 70. Une autre Algérie ? Ici oui, une autre
Algérie, qui se dégrafe, se joue des tabous de l’autre rive. le CCA, c’est
l’Algérie libérée de l’Algérie. Chut ! « Ils » sont là,
« ceux des Services ». On s’amuse à se faire peur en tirant à
boulettes rouges sur « ceux d’en haut ». Même pas mal ! Après
tout, on est fi França.
Et puis là-bas, paraît qu’ils ont d’autres Gtoutt à fouetter.
Tête emplie d’Algérie du système DZ,
de la désopilance moqueuse qui festoie de ses cruelles vérités et désormais
galvanise les réseaux numériques, je descends de la rame remuée par le mal du
pays. L’azalée m’accueille dénudée, toutes fleurs au rose fané à son pied en
ronde amassées. Eblouissante tant de semaines, elle a renoncé à plus
d’amabilité ce jour-même, étrangement.
Les vagues à l’âme, je me remémore.
Aussi, souffrez que j’apporte ma touche de fille, car à les en croire la BD ne
serait qu’affaire de garçons. Y a qu’eux qui en traitent, s’en émeuvent, et
s’en approprient le souvenir. Par privilège de genre ou par la faute des
talentueuses du crayon si dissimulées alors que nous soyons privé.e.s
aujourd’hui du loisir de savourer leur ouvrage[8] ? Quant aux lectrices, quelle
relation à cette activité susceptible de récréer une condition poreuse aux
contraintes ?
Autrefois au foyer paternel,
interdiction absolue d’introduire des « Cagayous »[9]. Entendez « illustrés »,
plus tard nommés bandes dessinées puis BD. Mon père les désignait ainsi en
référence à l’époque du sien lequel les lui prohibait déjà. A dire vrai, Cagayous et ses acolytes trituraient une langue révulsant
les toqués du subjonctif imparfait et de la tournure académique, mixture
langagière populacière poussée aux outrances inauthentiques, emblématique d’un
algérianisme colonial début-20e-siècle enorgueilli de ses sangs
latins mêlés, arrogant et tout-puissant. Aussi tolérance zéro pour ce « zbel »[10] outrageant la dignité du musulman,
indigène bouffon utile au pittoresque du décor de cette Algérie coloniale usant
et abusant de ses Pieds-Nickelés basanés
de chair et d’os. Aussi, le genre illustré pâtit-il de la réputation de
« repaire de fautes orthographiques et syntaxiques » jusqu’à
l’arrivée de Pif [11] offert aux dernières générations
comme une entorse aux principes anciens, cela à l’époque même où la BD
algérienne, entrebâillement concédé alors[12], se précipitait sur la satire
politique à l’adresse du citoyen adulte en fringale d’expression critique.
Mais comment fillette exaucer ses
envies d’illustrés ? Un recours imparable : les cousins. Traînant sous
leur lit, Blek le Roc, Akim et autre Zembla dévorés à toute vitesse, peur du flagrant délit
tortillant le plexus. De là à prétendre que « de nombreux Algériens ont
puisé leur nationalisme »[13] dans le premier, c’est peut-être
aller vite en besogne même si ça l’fait.
Chez ma tante, Lisette, Aggie,
Fillette-Jeune-fille féminisaient mon
imaginaire en goguette arpentant les collections remisées.
Quant à Zola (oui je sais, c’est pas
Daumier[14]), mon oncle en avait été
scandalisé : « Les Rougon-Macquart à 15 ans ! » Entendez Nana, et autres dégénéré.e.s
de ce naturaliste jugé pas fréquentable à l’adolescence. Coercition culturelle
familiale persuadée de son bien-fondé. Rassurant le rose de la méthode de piano
et celui de la bibliothèque laquelle verdira puis s’ouvrira aux auteurs clean, genre Balzac, autant dire mortels
d’ennui. Les dévoyés de la plume comme Zola, rangés sur les plus hautes
étagères, inaccessibles. Fallait donc patienter de grandir ou courir des
risques.
Ils étaient lettrés dans la famille.
Et çà, c’était catastrophique. On ne bronchait pas côté distractions (ni côté
sorties avec motif bidon que des copines extorquaient à leur paternel
justificatif autographe à l’appui, les futées !). Contrôlés ou prescrits
les livres selon une gouvernance conservatrice de double culture laquée de
modernité ! Bien cadrées et encadrées les lectures. La devise de mes
grands-pères « étudier trois fois plus que les Français » inculquée à
leurs enfants, a pollué ma génération. Les Français partis restait l’obligation
d’excellence, (op)pression à transformer chacun en Gatt interdit de gouttières, allergique à l’effort intellectuel, au
savoir et à ses institutions.
1973 ou 74. Grandi, désireuse
d’émancipation (za’ma[15]), et armée
d’une secrète revanche à assouvir, je me présentais sans piston et pas peu
fière à Radio-Chaîne 3 pour
soumettre un projet d’émission : « La bande dessinée d’hier et
d’aujourd’hui ». Pas moins ! Gravée la réaction de mon apparatchik
d’interlocuteur : « Quoi, la bande dessinée ? Vous croyez qu’c’est
sérieux ça ? Réfléchissez un peu mademoiselle, vous allez à la fac quand
même ! » Choquée en retour, figure sourcilleuse du paternel qui
déboula, je me confondis en explications oiseuses sur les fresques du Tassili,
le racisme de Cagayous, l’idéologie américaine
filtrée par Blek le roc[16] (za’ma bis),
l’authenticité nationale alternative de M’qidèch et d’autres animations dessinées de presse,
l’inspiration suscitée par les Trois
Révolutions (za’ma ter)…
Je m’enfonçais et enfonçait mes candides assurances alors que se soulevait une
haine absolue du type qui me tançait du haut de son mépris de commis de l’Etat
pénétré de sa très noble et très révolutionnaire mission « Par le peuple et pour le peuple ».
Toz-toz !
(Oui je sais, une fille se doit d’éviter les écarts de langage, fût-elle
cinquantenaire). La visite fut vite écourtée, j’avais pourtant bien bossé, et
bien fantasmé (bon, disons imaginé) de voir défiler à mon micro les
dessinateurs d’idées (hum… Ok pour le social, quant au politique…) de l’Algérie
de Boum le Redresseur. Echec cuisant, courage en berne, je continuais de
capitaliser mes désillusions, celles à venir valaient de les éprouver afin de
relativiser les chagrins des premiers fiascos. Et puis Slim nous le
confirme : Avant c’était mieux.
Aussi, se pointent irrépressiblement mes toute jeunes années d’avant l’Avant ; je fredonne [Elle était belle mon Algérie], ce doux pays
de mon enfance… N'est plus beau
que [mon Algérie], C'est le pays qui m'a donné le jour.» Version patriotique algérienne d’un
hymne à la Normandie, et dont nous comprenions, enfants, la charge subversive.
Le mot France en était banni. Nous la chantions dans la 403 blanche, impatients
d’aller pique-niquer parfois au bord de la mer, s’y baigner tout notre soûl
dans les maillots à fronces élastiques cousus par ma mère. La plage… Y oublier
les deuils de guerre et les disparitions au maquis qui frappaient notre
parentèle, y reprendre courage après les expéditions anxieuses de plus en plus
lointaines dans les camps d’internement pour des visites refusées sans états
d’âme. Appellations adrénogènes inapprivoisables
: Château Holden[17], Tefeschoun[18], Bossuet[19], Paul-Cazelles[20], et même Gao[21] l’inatteignable…
Foutue anamnèse déclenchée par
Khadra ! Elle déborde la bulle, la vignette et même la planche. Elle
interroge. Quelle alternative comique alors ? Qui donc dessinait
l’histoire drolatique de l’Algérie en séisme libertaire, en croquait les bons,
en brocardait les méchants et moquait ceux de la galerie des anonymes avec ses khâfeux[22], ses indécis, ses valeureux, ses
défigurés, ses sacrifiés ? Page blanche. J’ai seulement souvenir que
c’était avant le succès national de la quat’-cent-quat’-bâchê.
Quant à l’après, elle s’est prise en charge la BD qui se fend même d’un
festival annuel rameutant les timbrés du crayon, outils numériques en bonus.
Aussi, plus de bile pour l’Algérie, Slim s’en porte garant : TOUT VA BIEN.
Île-de-France, 08 avril 2011.
[1] Le présent texte, ni objet de commande ni même
intentionnel, n’est rien de plus qu’une échappée mnésique dont le bédéiste a
bien voulu conserver trace dans l’archéologie bigarrée de son parcours
interpellatif.
[2] Machisme.
[3] Que n’octroie-t-on au CCA, vitrine culturelle
algérienne, subventions dignes des potentiels créatifs, des ambitions
d’excellence et de brillance ? « Manque de financement et de
moyens » est-t-il, en effet, régulièrement invoqué alors même que d’autres
centres devraient exister dans les villes à forte population d’origine
algérienne comme Marseille voire en d’autres pays d’émigration.
[4] Modérateur de la conférence-débat. Journaliste
spécialiste du cinéma et de la musique, ancien rédacteur en chef de l'émission
« Mosaïque FR3 », organisateur du « Maghreb des Films » (in
Africultures).
[5] Pas moins de cent journalistes ont été assassiné.e.s entre 1993 et 1997 parmi eux et elles des
dessinateurs tels Brahim Guerroui (Gébé), Dorbane,…
[6] Grand débat sur
l’identité nationale (2009-2010), Débat
sur la laïcité (2011).
[7] En Afghanistan, en Côte d’Ivoire et en Lybie.
[8] Il faudra attendre les
années 90 pour qu’une première femme investisse notablement le champ masculin
de la BD algérienne. Daiffa interpelle sur la
condition des femmes. Le recueil de ses dessins L'Algérie des femmes paraît en 1994.
[9] Périodique illustré humoristique mettant en
scène Cagayous, personnage pittoresque créé par
Musette (pseudonyme d’Auguste Robinet, 1862-1930) censé avec ses compères
incarner en les parodiant les caractères brassés du petit-peuple cosmopolite
d’Alger (quartier de Bab-el-Oued), en véhiculer les pratiques langagières. Son
succès participe aussi du miroir événementiel cocasse qu’il offre de son
Algérie au colonat. Paru au tournant du 20e siècle, il fait l’objet
de rééditions anthologiques : 1931 (Gabriel Audisio,
Gallimard), 1949 et 1969 (Editions Baconnier), 1972 (Balland), 1979 (Laffont-Tchou), 2003 (Tchou). La communauté
pied-noire consacre les aventures de Cagayous en les
élevant au rang de « monument historique » de sa culture.
[10] Déchet, ordure.
[11] Pif-gadget,
mensuel illustré issu du journal L’Humanité
en diffusion restreinte en Algérie. Le kiosquiste (privilège attribué, entre
autres, aux anciens Moudjahidine et/ou à leurs proches) détenait le pouvoir
discrétionnaire d’avantager certains clients qui ménageaient en retour sa
précieuse amitié. (Libre au lecteur de conjuguer cette phrase au présent de
l’indicatif, sans risque d’anachronisme).
[12] Au tournant de la décennie 90 sous la présidence de
Chadli Bendjedid. Ouverture au pluripartisme et
naissance d’une presse privée. Apparition du journal satirique El Manchar (la scie) au succès fulgurant significatif.
[13] Affirmation plusieurs fois reprise dans des
sites internet évoquant la BD algérienne. L’histoire gagne à se libérer des
rétroprojections historiques ajustées au politiquement correct et à la
perception d’un soi idéalisé. Difficile gageure.
[14] Honoré
Daumier (1808-1879), caricaturiste politique français.
[15] Soi-disant, « voyez-vous ça ! ».
[16] Créé par des italiens en Italie ! Je le
découvre et du coup vois en l’existence du western spaghetti une filiation
logique. Forts les « Ritals » pour représenter voire glorifier la
mythologie états-unienne blanche.
[17] A Douéra (au sud
d’Alger).
[18] A Tipaza (ville côtière réputée pour son site
archéologique et naturel, célébré par Albert Camus).
[19] A Daya (au
sud de Sidi Bel-Abbès).
[20] A Aïn Oussera (Wilaya de Djelfa).
[21] Mali (Soudan Français anciennement).
[22] Trouillard.s
(néologisme paternel) ; francisation substantivée de khâf : il a (eu) peur, (Khouêf :
peureux).